Livre IV fable XV
Retour à la page La Fontaine
Illustration par Jean-Baptiste Oudry

Le Loup, la Chèvre, et le Chevreau

La bique, allant remplir sa traînante mamelle
Et paître l'herbe nouvelle
Ferma sa porte au loquet,
Non sans dire à son biquet :
« Gardez-vous, sur votre vie,
D'ouvrir que l'on ne vous die,
Pour enseigne et mot du guet :
« Foin du loup et de sa race ! »
Comme elle disait ces mots,
Le loup, de fortune passe ;
Il les recueille à propos
Et les garde en sa mémoire.
La bique, comme on peut croire,
N'avait pas vu le glouton.
Dès qu'il la voit partie, il contrefait son ton,
Et, d'une voix papelarde,
Il demande qu'on ouvre en disant « Foin du loup ! »
Et croyant entrer tout d'un coup.
Le biquet, soupçonneux, par la fente regarde.
« Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point »,
S'écria-t-il d'abord (patte blanche est un point
Chez les loups, comme on sait, rarement en usage).
Celui-ci, fort surpris d'entendre ce langage,
Comme il était venu s'en retourna chez soi.
Où serait le biquet s'il eût ajouté foi
Au mot du guet, que de fortune
Notre loup avait entendu ?
Deux sûretés valent mieux qu'une,
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.
Illustration de Gustave Doré

Retour à la page La Fontaine

JdLF

To François´ homepage
Home
Livre IV fable XV