Prononciation du français

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Mise à jour
24 mars 2014

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This page is in French, but see another page showing the intricacies of English pronunciation.

Here another page on French pronunciation, in English, prepared by Robert Dickey.

Voir aussi ma page sur les expressions fautives du français.

Cette page-ci est principalement destinée à des locuteurs francophones. Autant les accents régionaux peuvent être un délice pour nos oreilles, autant une prononciation négligée du français "classique" tend à faire apparaître le locuteur lui-même comme négligé.


Lallation ou lambdacisme

Prononcez à haute voix la phrase suivante: Elle l'aime.
Détournez les yeux de l'écran, et répondez à la question:
Combien y a-t-il de "L" dans la phrase prononcée ?

Prononcez maintenant la phrase: Il l'aime

Combien y a-t-il de "L" dans cette phrase ?

Enfin, prononcez la phrase: Je l'aime

Combien y a-t-il de "L" ?

La réponse est, bien entendu: trois, deux, et enfin un seul "L".
Si vous prononcez les trois phrases avec le même "poids" de L, autrement dit si vous prononcez : eLLèm, iLLèm et jeLLèm avec un double L dans les trois cas, vous êtes affligé de lallation, infirmité également appelée lambdacisme. Les deux premiers sont corrects, mais le troisième doit être prononcé: jelem, pas jeLLem. On entend de plus en plus souvent des gens qui disent : "Vous LL'aimez" ou encore "Je vous LL'avais bien dit". La lallation consiste à prononcer plusieurs (généralement deux) "L" là où il n'y en a qu'un seul.


Consonnes doubles

La prononciation correcte du français de connaît pas les consonnes redoublées : vous dites someil pour sommeil, vous devez dire somè pour sommet, et non pas soMMè (et encore moins soMMé, voir ci-dessous). De même, collègue se prononce comme s'il n'y avait qu'un seul "L".


Le français a quatre "voyelles nasales" : un fin jambon

Faites-vous la différence entre:

Les quatre nasales du français sont (en représentation phonétique) :

Donc : un fin jambon = œ̃ fɛ̃ ʒɑ̃ bõ

Faites le test brun/brin ou à jeun/Agen ou emprunt/empreint sur un "Parisien moyen" et vous serez surpris de voir qu'il n'entend pas la différence... Vérifiez dans le dictionnaire la prononciation phonétique, et constatez qu'il y en a (il devrait y en avoir) une.


Le francé qu'on cause, ou l'imparfait et le passé simple
ou é [e] comparé à è [ɛ]

Faut-il accuser Jacques Chirac d'être négligé ?
Il nous rebat les oreilles de ses "Françaises, Francés...". Non, on ne dit pas "Francés", on dit "Français".
Vous n'entendez pas la différence ? Un cahier (à rayures Siéyès) ou un caillé (de laiterie) sonnent-ils comme "il caillait" (argotique)  ? Et "assommé" comme "Le plus haut sommet" ?
Si le passé (simple) a pour vous le même son que "elle passait" (d'un pas nonchalant), vous ne vous étonnerez plus de ne pas voir de différence entre le passé (simple) et l'imparfait, qui ont pourtant des sens bien distincts:

Est-ce parce que le passé simple a complétement disparu de la langue parlée, et perd sérieusement du terrain dans la langue écrite, que l'on ne fait plus la différence ?


(Euro)

Curieusement, dans la bouche de beaucoup de Français, le mot Euro semble être "Heuro" avec un H aspiré, c'est à dire un H qui impose de ne pas faire de liaison (comme dans les mots hache ou haricot). On entend* en effet phonétiquement:
œ̃ øʀoau lieu deœ̃ n-øʀo(un euro)comme un heureux évènement
dø øʀo
au lieu dez-øʀo(deux euros)comme deux heures
trwa øʀoau lieu detʀwa z-øʀo(trois euros)comme trois heures
yi øʀoau lieu deyi t-øʀo(huit euros)comme huit heures
di øʀo
au lieu dedi z-øʀo(dix euros)comme dix heures
vɛ̃ øʀoau lieu devɛ̃ t-øʀo(vingt euros)comme vingt heures
sɛ̃k sɑ̃ øʀo au lieu desɛ̃ sɑ̃ z-øʀo (cinq cents euros)comme cinq cents ans
etc.

En bref, il faut faire toutes les liaisons avec le mot "Euro".

* Pour voir ce que je veux dire, vous devez avoir une police de caractères "unicode" et un navigateur capable de les représenter. Le son ɑ̃ est celui du mot an (Nouvel-An), le son œ̃ est celui du chiffre 1, le son ø est celui du mot œufs, le son ɛ̃ est celui du département de l'Ain ou du mot fin, le son y est notre u français (hue !). Le ʀ est notre r français grasseyé (par opposition au r roulé ou au r anglais).


Liaisons en général

La rubrique précédente sur l'Euro est un exemple de l'abandon des liaisons dans la langue parlée, abandon de plus en plus répandu. Une sorte de paresse, en somme, car en ne faisant pas les liaisons, on n'a pas besoin de connaître la graphie des mots un, deux, trois, huit, vingt ou cent. Le problème ne se posait évidemment pas tant que l'on comptait en francs !

À noter que pour 500, beaucoup mettent un son "k" qui est inutile après le 5, mais omettent la liaison avant Euro.

Le h aspiré est un problème constant dans la langue parlée. La plupart des Français savent que l'on ne dit pas "les (z)haricots" et savent que les héros ne sont pas des zéros, mais se prennent les pieds (ou plutôt la langue) avec des mots comme handicap (on entend souvent, même à la télévision, les (z)handicapés), ou harponner (ils ont (t)harponné les malfaiteurs). Voir l'article de Wikipédia avec une liste complète des mots commençant par un h aspiré. La plupart des mots commençant par h d'origine anglaise ou allemande ont un h aspiré. J'écrirai donc les guerres de Hitler et pas les guerres d'Hitler, un studio de Hollywood plutôt que d'Hollywood. Ceux provenant de l'espagnol ont le plus souvent un h muet (un (n)hidalgo), avec quelques exceptions (la Havane). La plupart des mots d'origine grecque (hydro, hyper, hypo, hétéro, homo, héméro, hépatite, hymen) ont un h muet : l'hydroculture, l'hypermarché, l'hypophyse, l'hétérodoxe, l'homosexuel, l'hémérocalle.

L'emploi correct des liaisons rend plus intelligible — et plus gracieuse — l'expression orale. Il ne viendrait à personne l'idée de demander: "vou avé dé enfants ?" sans faire les deux liaisons en z.

J'ai raillé Jacques Chirac ci-dessus, mais je dois (z)ici lui rendre justice : c'est un champion des liaisons. Il n'en rate pas (z)une...

Un autre exemple de cette paresse se trouve dans la rubrique "rentrer" de ma page "Expressions".


Y en a pus

Vous voulez bien sûr dire: "Il n'y en a plus".
L'élision du "L" dans plus est de plus en plus courante — même si l'on n'entend heureusement pas "de pus en pus" — et manifeste un langage négligé.


Une tasse que force

Le français, contrairement à d'autres langues (allemand, polonais) n'aime guère les collisions de consonnes. C'est pourquoi on entend "tasse que force" pour task force et matche retour dans le domaine du sport. Le problème ne se poserait pas si l'on utilisait des expressions françaises, mais le matche de foute a remplacé depuis longtemps en français la partie de ballon, contrairement à l'allemand (Fußballspiel), à l'italien (incontro di calcio) et à l'espagnol (partido de fútbol)...


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